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Quand un grand homme nous quitte… 15 juin, 2006

Posté par thinkblog dans : Non classé , trackback

devos 2.jpg C’est un post triste que j’écris ce matin car on vient de perdre un grand monsieur. Raymond Devos était quelqu’un que j’aimais beaucoup, il est mort à l’age de 83 ans d’une attaque cérébrale. C’était un perfectionniste, un artiste complet, à la fois jongleur, mime, et musicien Il avait chez lui son petit théâtre, sa bulle dans laquelle il réinventait le langage, la raison, la poésie, le monde…

Il était capable de chercher le bon mot pendant des mois, juste pour la beauté du texte. Raymond Devos était avant tout un jongleur, au sens étymologique qu’a ce mot, celui qui crée et qui joue (extrait de « le petit poussin »):

Mais qu’est-ce qui fait la poule ?
… C’est l’œuf !
Alors, la question est :
Qui a commencé ?
Est-ce l’œuf le père de la poule,
ou la poule la mère de l’œuf ?
Ça ne peut pas être le coq !
Les coqs, eux, ne pondent pas d’œufs !
Quoiqu’il n’y ait pas de poules sans eux ! (œufs)
Sans eux… les coqs !
Comme il n’y a pas de coqs sans elles… (ailes)
Sans elles, les poules !
Évidemment ! Parce que sans ailes,
il n’y aurait ni coqs, ni poules, ni poussins !
Et ce serait tant mieux !
Parce que j’aurais mangé autre chose !

Raymond était un magicien, l’un des plus grands, on ne faisait pas que rire devant ce qu’on a tord d’appeler ces sketch, on réfléchissait, on rêvait. Il trempait sa plume dans l’imagination et la laisser vagabonder dans les nuages pour y voler un peu d’espérance:

« Le rire c’est fait pour soulager la raison et oublier la mort » comme il aimait le dire, et comme en témoigne ce texte de spectacle : Matière à rire

Vous savez que j’ai un esprit scientifique.
Or récemment, j’ai fait une découverte bouleversante !
En observant la matière de plus près …
j’ai vu des atomes …
qui jouaient entre eux …
et qui se tordaient de rire !
Ils s’esclaffaient !
Vous vous rendez compte …
des conséquences incalculables que cela peut avoir ?
Je n’ose pas trop en parler, parce que j’entends d’ici les savants !
- Monsieur, le rire est le propre de l’homme !
Eh oui ! …
Et pourtant !
Moi, j’ai vu, de mes yeux vu …
des atomes qui:  » Ha, ha, ha ! »
Maintenant, de quoi riaient-ils ?
Peut-être de moi ?
Mais je n’en suis pas sûr !
Il serait intéressant de le savoir.
Parce que si l’on savait ce qui amuse les atomes,
on leur fournirait matière à rire …
Si bien qu’on ne les ferait plus éclater que de rire.
Et que deviendrait la fission nucléaire ?
Une explosion de joie !

Il portait le même prénom que mon grand père (défunt lui aussi), c’était un attachement de plus… La poésie a perdu un des siens, de ceux qui sont rares.

Adieu Raymond
Pour celles et ceux qui ne connaissaient pas ce grand bonhomme voici une bref bio.

Né le 9 novembre 1922 à Mouscron en Belgique.
Raymond Devos découvre très tôt son don pour raconter des histoires et surtout pour captiver son auditoire.

il doit arrêter ses études à 13 ans, sans pouvoir assouvir sa soif de connaissance. Toute sa vie il restera fasciné par le savoir.

C’est donc par lui-même qu’il apprend tout de la langue française et de la musique des mots, jusqu’à les maîtriser parfaitement. Son père joue de l’orgue et du piano, sa mère du violon et la mandoline, son oncle de la clarinette et il apprendra par lui même à jouer de nombreux instruments (clarinette, le piano, la harpe, la guitare, le bandonéon, la trompette, la scie musicale…)

Il rejoint Paris pour s’épanouir artistiquement. Là, il observe avec ravissement les spectacles de rue, comme ceux des forains, place de la Bastille, ils seront son éternelle inspiration et donneront à ses spectacles cette grâce intemporelle.

Requis par le Service du travail obligatoire (STO), il part à la guerre ou il défi l’abominable en proposant des spectacles à ses compagnons d’infortune grâce aux instruments dont il ne s’est jamais séparé.

Au retour il va s’essayer au mime grâce à des cours expérience, à l’école d’Etienne Ducroux, où il rencontre Marcel Marceau.
Artiste complet, Raymond Devos va très vite se diriger vers le théâtre.

C’est d’ailleurs au hasard d’une tournée théâtrale des villes-casinos avec la Compagnie Jacques Fabbri, à Biarritz, qu’il découvre l’absurde et le comique de situation et tout ce qui fera le sel de son humour incomparable.

Interrogeant un maître d’hôtel, (« Je voudrais voir la mer »), il se voit répondre « Vous n’y pensez pas, elle est démontée ». « Quand la remontera-t-on ? » insiste-t-il ? « Cela dépend du temps »… Ces quatre répliques lui donnent la matière à un sketch, « la Mer », puis bientôt à un autre, « le Car pour Caen », et finalement à un style devenu inimitable.

C’est au cabaret « Le cheval d’Or », d’abord, puis à « l’Écluse » et aux « Trois-Baudets » qu’il teste ses premiers sketchs et son personnage.
Remarqué par Maurice Chevalier, il passera en première partie de son spectacle et y gagne la consécration.

Son sketch « Sens interdits » le rend célèbre : « Mais dis-moi laitier, ton lait va tourner ! » apostrophe auquel le laitier en question, pris sur un carrefour ne donnant que sur des sens interdits, répond par « T’en fais pas je fais mon beurre ».

Accompagné de son fidèle pianiste et partenaire, Hervé Guido, il multiplie les apparitions dans les salles de spectacles et passe par les plus grandes (Bobino, l’Olympia). Son spectacle s’enrichit sans cesse : mime, comédien, musicien, jongleur, équilibriste sur motocycle, prestidigitateur… Raymond Devos sait tout faire. Raymond Devos triomphera par la suite sur le petit écran, régulièrement invité par Jacques Chancel dans son Grand Echiquier.

Ne pouvant plus monter sur scène depuis déjà quelques temps, il se consacrait à l’écriture de romans et de scénarii pour le cinéma.

Alors si vous entendez rire le ciel, c’est qu’il est bien arrivé…
Ciao Ray

www.raymonddevos.com

Commentaires»

  1. D’habitude, c’est pas mon fort d’être au courant de la mort des gens. Raymond Devos va nous manquer, pour sûr. Petite, j’avoue que je ne comprenais pas un mot de ce qu’il disait, la façon de parler, les jeux de mots, etc, mais en grandissant, on s’aperçoit que finalement, on a raté beaucoup de bons moments et de fous rire.

    Adieu l’artiste

  2. Bah merde alors!! J’ai commencé à lire la premiere ligne et j’ai vu que c’était super long que j’en aurais pour 20 minute alors j’ai arreté. C’est intéressant au moins????

  3. Personnellement mon préféré c’est celui-ci :

    « Il y a des verbes qui se conjuguent
    très irrégulièrement.
    Par exemple, le verbe ouïr.
    Le verbe ouïr, au présent, ça fait:
    J’ois… j’ois…
    Si au lieu de dire « j’entends », je dis « j’ois »,
    les gens vont penser que ce que j’entends est joyeux
    alors que ce que j’entends peut être
    particulièrement triste.
    Il faudrait préciser:
    « Dieu, que ce que j’ois est triste! »
    J’ois…
    Tu ois…
    Tu ois mon chien qui aboie le soir au fonds des bois?
    Il oit…
    Oyons-nous?
    Vous oyez…
    Ils oient.
    C’est bête!
    L’oie oit. Elle oit, l’oie!
    Ce que nous oyons, l’oie l’oit-elle?
    Si au lieu de dire « l’oreille »,
    on dit « l’ouïe », alors:
    Pour peut que l’oie apartienne à Louis:
    - L’ouïe de l’oie de Louis a ouï.
    - Ah oui?
    Et qu’a ouï l’ouïe de l’oie de Louis?
    - Elle a ouï ce que toute oie oit…
    - Et qu’oit toute oie?
    - Toute oie oit, quand mon chien aboie
    le soir au fond des bois,
    toute oie oit:
    ouah! ouah!
    Qu’elle oit, l’oie!…
    Au passé, ça fait:
    J’ouïs…
    J’ouïs!
    Il n’y a vraiment pas de quoi! »

    Merci pour l’hommage à ce grand artiste, ça fait du bien d’entendre parler dautre chose que de foot (France Corée 1-1 bouh!)

  4. Merci pour cet hommage rendu à Raymond Devos…

    Quel raffinement, j’adore ce genre d’artiste hors du temps, particulièrement authentique…autodidacte de surcroît…

    Passioné par l’écriture, je travail actuellement à la réalisation de paroles pour une chanson rendant hommage à cet ARTISTE… »Et le clown s’en est allé… »

    Chapeau bas …

  5. Cher Tous,
    Je viens de lire vos commentaires dans ce blogue et je voudrais vous poser la question suivante: est-ce que vous savez si le sketch de Caen a été publié dans un des livres de Raymond Devos? Je voudrais employer la transcription de ce sketch dans mon mémoire de licence (concernant les jeux de mots), mais je ne sais pas s’il existe une source « officielle » de la transcription… (Si vous possédez des livres de Raymond Devos et vous savez que le sketch ne se trouve pas dans ces livres, pourriez-vous me le signaler aussi. Ces livres ne sont pas disponibles ici, et je veux commander seulement les livres qui me sont utiles).
    Je vous remercie d’avance de votre aide!!!

    Meilleures salutations,

    Greet Van Dommelen
    greet.vandommelen@pandora.be
    étudiante à l’Institut Supérieur de Traducteurs et Interprètes d’Anvers, Belgique

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