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Quand l’anonymat sort de l’anonymat… 17 août, 2006

Posté par thinkblog dans : Non classé , trackback

Image 2.png Qu’y-a-t-il de commun entre le tube de l’été (« Crazy » des Gnarls Barkley pour ceux qui seraient partis sur Mars pendant l’été ! ), Daft Punk, le prix Goncourt de 1975, J.T Leroy et Gorillaz ? Réponse: ils sont tous sortis de l’anonymat en s’inventant une identité. Ils voulaient rester à la marge du Star-system, ils en sont devenus, malgré eux, les fers de lance.

La TV réalité, le web (avec des sites comme dailymotion.com notamment), ou encore le téléphone portable équipé d’un appareil photo, créent de la célébrité instantannée, instantanément jetée. La chair à canon cathodiques des premiers Loft et Star’Ac a été oubliée depuis longtemps mais le flots de « fast star » ne se tarrit pas. Conséquence de cette explosion médiatique de « monsieur-tout-le-monde-qui-devient-une-cébrité-du-jour-au-lendemain » ? La valorisation croissante de l’anonymat comme seule garantie de la préservation de l’identité propre de chacun. Que ce soit pour un sondage, un reportage, un jeu concours, un article (je parle ici à mes amis journalistes), une adresse MSN, ou même un blog, au hasard celui-ci (je parle encore ici à mes amis journalistes), il est de plus en plus difficile d’obtenir des informations exactes, un nom authentique.

Tout se passe comme si l’identité, la vraie, était devenue une option. Trois ou quatre pseudos MSN par mois, différentes adresses mails, se sont des codes différents: des facettes différentes d’une même identité. La multiplication des pseudonymes rend l’homo numericus totalement schizophrénique. Dans un monde en continuels changements, l’homme moderne occidentale n’a pas trouver de meilleur camouflage identitaire que le mimétisme. On devient la personne adéquate à la situation, celle qui convient aux personnes avec lesquelles on est, celle qui peut s’insérer totalement dans le cadre de l’action qu’elle est en train de vivre. Et quoi de mieux que l’anonymat ou le pseudonyme (qui déconstruise tous deux l’individu) pour se couler le plus facilement dans le reste du flot individuel ? Cette course à l’anonyme déstructure le statut même de l’auteur et de propriété intellectuelle, que cela concerne le domaine de la création artistique ou la conversation de tous les jours.

Intéressons-nous un instant au domaine de la littérature et aux liaisons dangereuses qu’elle entretient avec l’anonymat et la tromperie identitaire. Il semble que les plus malins des célébrités actuelles aient décidé de biaiser la peoplemania en devenant anonymes, voire en s’inventant des personnages, sensés devenir des boucliers. Ainsi, cet hiver l’une des plus belles mystifications littéraires a été mise à jour. L’écrivain underground new yorkais J.T. Leroy, garçon insaisissable et doué, est en fait une créature purement fictionnelle inventée par Laura Albert, aidée de sa sœur : un beau pied de nez au Starsystem et à la hype. Mais J.T Leroy n’est pas le premier à se cacher derrière une fausse identité, 30 ans avant lui, l’écrivain Romain Gary imaginait Emile Ajar et remportait pour la deuxième fois le Prix Goncourt grâce à « La vie devant soi ».

Aujourd’hui, tout se passe comme si l’anonymat, ou la fausse identité, étaient devenues des conditions sinae qua none de la production artistique. Ainsi, le Graffeur londonnien Doctor D. crie a qui veut l’entendre que l’anonymat est sa seule option pour créer librement étant donné qu’il est recherché pour « dégradation de biens publiques ». Car s’il est vrai que la clandestination pousse à l’anonymat, l’inverse est tout aussi valable. Ne rien dévoilé, c’est aussi un moyen pour les artistes, de valoriser leurs production en restant « à la marge ».

Ainsi, la pratique de l’anonymat et du pseudonyme touche aujoud’hui tous les contenus, qu’ils soient professionnels ou non : la musique (les Daft Punk) , l’art urbain (les taggeurs et les grafistes), la littérature (J.T Leroy), l’art contemporain (l’oeuvre de Cindy Shermann illustre parfaitement cette recherche constante d’identité), les médias (toujours pour mes amis journalistes, à qui je conseille le site www.indymedia.com). Dans le domaine de la création, l’anonymat est, très paradoxalement un repli identitaire. C’est le moyen qu’on trouvait certains artistes pour faire valoir leurs créations « originales », dans une société qui a tendance à mettre en avant l’auteur avant l’œuvre. Face à la foule, l’artiste avance masqué, c’est quasiment devenu un gage de qualité. Ainsi, en choisissant l’imprononçable pseudonyme « Gnarls Barkley », le producteur de rap Danger Mouse et Cee-Lo (membre du collectif Goodie Mob) se sont crus à l’abri de la célébrité. Véritable projet « unknown », le désormais ultra-branché collectif Gorillaz est né de cette volonté de rester en dehors de cette starification grandissante. Crée par le dessinateur Jamie Hewlett et Damon Albarn, ce qui au départ n’était qu’un énième side-project, est devenu le premier groupe pop virtuel du monde. Ses stars ? Des toons qui jouent à guichet fermé à chaque concert.

Dans l’art contemporain, l’anonymat est tendance. L’éditeur indépendant Métronome press, conscient des tensions qui existent entre les différentes conceptions artistiques, propose a des créateurs connus (Ceryth Win Evans et Liam Gillick notamment) d’écrire sous pseudonyme ce qu’ils n’osent pas dire en leurs noms.

Mais le problème aujourdh’ui c’est que nier le nom c’est nier l’auteur et sans auteur, pas de propriété et sans propriété pas d’œuvre. On peut alors légitimement se demander si le statut d’auteur n’est pas voué à disparaître. En effet, il semble bien que lorsque la puissance juridique ne s’en mêle pas, le marché efface progressivement la notion même d’auteur. Le débat (qui n’est pas prêt de se clore) sur la propriété intellectuelle et la rémunération des auteurs y puise d’ailleurs toute sa complexité. Qui est l’auteur d’une musique x fois remixée ? Et les acheteurs qui détournent ou samplent, les nombreux anonymes qui enrichissent l’œuvre « originale » ne sont-ils pas eux aussi de nouveaux auteurs ?

Quelque soit le contenu, l’anonymat renvoie à la notion d’auteur et d’œuvre c’est à dire de « producteur » et de « production », si l’on parle en terme marchands. Les sérigraphies de Andy Warhol (1928-1987) étaient révolutionnaires car elles injectaient dans l’art, une dimension « industrielle ». Avec la Factory, la production a grande échelle contaminait une œuvre artistique, personnelle et limitée en quantité. Depuis, grâce à la technique, les moyens de reproduire se sont reproduit à vitesse grand V. Le multimédia, le numérique, permettent désormais de s’aproprier nimporte quelle œuvre disponible sur la toile, par un simple copier coller.

Dès lors, si l’anonymat est si tendance, c’est le fait de deux phénomènes conjugués : la survalorisation de l’individu et de son égo et la pauvreté de l’originalité des créations humaines. En effet, mettre son nom, signer, c’est mettre un peu de son égo, un peu de sa personne, c’est dire à tout le monde « ceci est mien ». Il est donc très difficile de « labelliser » de son nom une production quelconque tant le risque d’être jugé négativement est grand. Autrement dit, seules les pensées, les réflexions brillantes, les raisonnement intellectuellement riches, les créations seuleument « originales », et les productions dont on peut se dire « fiers » sont dignes d’être distinguées du label patronymique. Si l’anonymat est de plus en plus présent c’est que les choses dignes d’être revendiquées (selon les égos de chacun), le sont de moins en moins.

Commentaires»

  1. Disons le tout de suite, c’est le meilleur billet lu sur ce blog. Je ne dirais pas que c’est brillant, même si je le pense. C’est bien écrit, dynamique. L’accroche est digne d’un édito de mag culturel. Si tu mènes ta réflexion encore plus loin, tu deviendras indispensable à ceux qui ne peuvent s’empêcher de garder un oeil alerte sur les choses, enthousiastes ou pas. Je m’arrête là dans le passage de pommade, même si mérité. Attention tu mets la barre très haut…

  2. Félicitation ! cet article est remarquable, écrivez moi,
    j aimerais mieux vous connaitre !

  3. Je n aime pas emettre de jugement tranche mais la je ne peux pas m empecher de crier au plagiat (justement c est de plein pied dans notre theme de l anonyme!) du numero BAM d avril 2006, de l article intitule Art et anonymat. Ou plutot a la recuperation-detournement, car meme si les references aux differents domaines evoques (art, musique, litterature etc) sont exactement les memes et dans le meme ordre, vous exprimez une idee absolument negative sur l anonymat et l art actuel en general, alors que l article de BAM dresse plus modestement un panorama objectif mais pertinent de l anonymat aujourd hui. Cette objectivite, elle est placee justement contre les jugements dogmatiques, les positionnements autoritaires, les codes preetablis qui cherchent a bloquer le mouvement, et, venons-en au coeur du probleme, en reponse a la figure inebranlable de l artiste, au culte du visage et de la personnalite, a la vision romantique de l auteur avant l oeuvre, de la petite histoire personnelle avant l experience impersonnelle et brutale face a l oeuvre d art…
    Sans pretention (je suis une simple etudiante qui ne croit pas beaucoup a une carriere dans le monde impitoyable de l art contemporain), je vous conseille de lire le brillant Sujet et auteur de Michel Foucault et les theories de Gilles Deleuze sur l identite sans sujet et la perte du visage (in Francis Bacon Logique de la sensation, Dialogues, etc). Etant ouverte a tout debat et acceptant meme d etre contredite, je joins mon adresse mail si vous voulez repondre a mes remarques.
    A bientot

  4. j’ai répondu à Marie Bel en privé
    Nous nous sommes mis d’accord sur le fait que tous mes poste étaient un condensé des sources que je lisais et qu’il était donc normal que mes post en soit inspirées. Pour le reste les réflexions qui en résultent sont toujours le seul fait de mon esprit (malade) sinon cela n’aurait aucun intérêt n’est ce pas? En tout cas comme tu le vois Marie Bel je ne t’ai pas censurée et toute parole est forcément libre sur le « Think Blog » alors plus que jamais « Bienvenue à tous les points de vue ».

  5. He not so burnaby MLS® Listings patiently explained that if you want to attract different kinds of birds you need different kinds of bird feed. In fact, the garden store sells specific bird feed for specific birds.

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